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L'air est encore frais au Pelas Verney
23.03.2017

L'air est encore frais au Pelas Verney

Il est de ces saisons dont on ne perçoit pas bien le coeur tant la faiblesse et l’irrégularité de l’enneigement les rendent complexes à appréhender. De démarrages impromptus, de variations de températures soudaines, de nivologies complexes, de chutes massives, nous devons composer et les échecs seront légions. 
"Même en 2017, les journées mémorables seront possibles."


Il nous reste alors l’imagination, le culot et les peaux de phoques. Ajoutez à ça un brin de corde et une touche de neige vierge et, même en 2017, les journées mémorables seront possibles. Mieux, elles seront inoubliables. Avec l’ombre de l’échec comme leitmotiv, il faut prendre le risque.

Fin février, pas de chute récente, du beau temps à perte de vue. Après un petit crochet par les contreforts de la Meije, Boris a l’idée. Au regard des infos que nous croisons, et de ce que nous aimons aller trainer dans Les Écrins, le secteur du Pelvoux semble être une partie jouable. Et puis quoi de plus motivant qu’une sortie au ratio montée/descente si affriolant ?

9h - 1 250 m

Départ depuis le télésiège de la petite station de Pelvoux pour attaquer avec l’ascension de La Blanche. 700 mètres à la cool, la trace est faite, on sait qu’on a le temps, parfait.

Face Ouest, on pose le rappel d’entrée pour plonger dans le vallon de Clapouse. L’itinéraire serpente entre écharpe suspendue et jeu de barre à appréhender, après 100m à tâtons, on s’envoie les 400 derniers en grandes courbes, full poudre. Les copains des Alpes du Nord sont toujours en train de chercher de la neige froide, nous ouvrons la combe sans une trace, précieux.

Vallon de Clapouse, la trace est faite, le soleil commence à apparaitre, à nouveau 700m dans un vallon sauvage. Pas de stress, on monte à notre rythme, on prend trois photos de notre ligne précédente, on en imagine deux autres. Première pour nous deux dans le secteur, il y a beaucoup à y faire, l’approche est prohibitive, nous serons seuls aujourd’hui.

Et puis les choses intéressantes et excitantes arrivent. Remontée jusqu’à la brèche Victor Chaud, l’inquiétude relative au remplissage du couloir pourchassé se lève. Il y en a assez. Assez pour du bon ski. Il y a même de la poudre. Bienvenue dans le 05.

11h30 - 3 150 m

Un petit rappel de confort plus tard, on range les brins de corde, on se rejoint, et le hold up se confirme. Les conditions de neige sont idéales, les virages s’enchainent, les photos aussi.

Pour moi, une ambiance que je n’avais pas croisée depuis mes balades en Terre de Baffin. Un long couloir sinueux, inscrit dans une face rocheuse et inhospitalière à souhait, et à chaque coude, la vision d’une ligne qui file, plus loin, plus bas, plus beau.

L’excitation monte encore, jusqu’à la sortie du couloir où nous atterrissons dans une combe sans trace, où les chaleurs de 2017 n’ont pas commis leur méfaits, encore de la poudre.

Ravis de notre idée et de la réalisation de cet itinéraire qui sera encore répété par deux potes dans les jours suivants, nous nous laissons glisser jusqu’à Ailefroide en pensant, amusés, à ceux qui au printemps remontent ce vallon puis ce couloir, interminables.

Texte : François Kern
Photos : Boris Dufour