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Portrait (1/3) : Matteo Eydallin
10.05.2017 - Ski Alpinisme

Portrait (1/3) : Matteo Eydallin

SAINT-JEAN DE MOIRANS, Fr. – Le mois dernier, Matteo Eydallin s'est rendu à notre siège pour rencontrer à nouveau nos équipes, parler de la saison écoulée et évoquer les projets futurs. Nous avons profité de l'occasion pour discuter avec lui et mettre le tout par écrit, de façon à faire plus ample connaissance. Matteo, aussi complexe soit le personnage, c'est l'âme d’un bohême mélancolique dans le corps d’un champion de très haut niveau . Entretien haut perché, donc, avec le joyeux trublion qui trimballe son baluchon rempli de culture et de médailles sur tous les sommets du monde.

PREMIÈRE PARTIE : Bières, dossards et hypoglicémie

Première partie de notre entretien avec Matteo Eydallin sur sa découverte du ski alpinisme, entre qualités insoupçonnées pour ce sport et premières victoires.

"Tout a commencé dans un bar, avec une bande de potes."
Dynastar: Peux-tu nous raconter ta rencontre avec le ski alpinisme ?

Matteo Eydallin: Alors ça a commencé dans un bar, avec des potes ! (sourire). En Italie, il y a une vraie culture du ski alpin, donc j’ai naturellement commencé par là. Même si je n’avais pas trop le physique pour, j’ai quand même persévéré jusqu’au brevet de moniteur. Et puis un soir, j’étais au bar avec quelques potes du VTT et ils me proposent une sortie en skis de randonnée le lendemain. J’avais déjà bu quelques bières et je n’ai pas su refuser. Au final, j’ai adoré, c’était une super sortie, avec une belle descente. Du coup, dès l’année suivante je me suis aligné sur mes premières compétitions et en 2005, je remporte les Championnats d’Europe Junior.

D: Tu as directement senti que tu avais des prédispositions pour ce sport ?

M.E.: J’ai toujours eu des qualités d’endurance. Dès les premières sorties, je me suis senti très à l’aise. Il me manquait quelques bases techniques mais je pouvais m’appuyer sur ma connaissance de la montagne et mon niveau en ski alpin pour la descente.

D: Quand a eu lieu le déclic ? Quand as-tu envisagé devenir un skieur alpiniste professionnel ?

M.E.: En 2005, je deviens champion d’Europe Junior. A partir de ce moment-là, je me suis dit que je pouvais peut-être faire quelque chose dans le ski alpi. Donc en 2006, je suis entré dans l’armée et j’ai fait de ce sport mon boulot. Il me manquait encore un peu de rigueur pour faire ce petit saut qualitatif, mais lors de ma première année senior, je gagne la Pierra Menta, le Tour du Rutor et la Mezzalama. Ça a déclenché quelque chose dans ma tête. Et depuis, malgré une période creuse entre 2010 et 2011, j’ai toujours été en mesure de batailler avec les meilleurs.

D: Aucune blessure n’a freiné ta progression?

M.E.: J’ai toujours quelques petits trucs, au pouce, à la côte…  mais je n’ai jamais eu de grosse blessure. Je ne me sens jamais à 100% mais j’ai la chance de n’avoir jamais connu de saison sans compétition.

 

D: Quelles sont les qualités qui te permettent de te maintenir à ce niveau de performance ?

M.E.: C’est difficile de parler de soi, mais si j’ai un avantage, c’est certainement mon endurance sur la longue distance et mon aisance en altitude. Sur la Mezzalama et la Patrouille des Glaciers, où l’on monte très haut, souvent à plus de 4 000 m, je n’ai jamais eu de problème. C’est assez naturel, car avant ces courses, je préfère rester tranquille chez moi, là où j’ai grandi, en vallée de Suze, à 1 500 mètres d’altitude.

(à gauche: Matteo Eydallin, à droite: Damiano Lenzi)
D: Tu n’as jamais connu de déficience majeure sur une course longue ?

M.E.: Honnêtement, sur les courses par étapes, je n’ai jamais eu de souci majeur. Je récupère plutôt bien, ce qui me permet de répéter les efforts plus facilement. (Un moment de réflexion, il cherche dans ses souvenirs). Ah si ! Lors de ma première victoire à la Pierra Menta, en 2009, j’ai choppé une hypoglycémie. Un des jours les plus durs de ma vie. Mais heureusement, avec l’expérience, tu apprends à connaitre ton corps, à savoir quand est-ce qu’il faut s’hydrater et se nourrir.

D: Et ton point faible alors, quel est-il ?

M.E.: Alors là, c’est plus facile comme question ! Mon point faible, c’est l’explosivité. Pour les trucs violents, j’ai vraiment du mal. Que ce soit sur un sprint, un relais, une verticale ou même le départ de n’importe quelle course, je suis à la rue…

La détermination.
D: Au vu de tes qualités naturelles, la Pierra Menta doit forcément avoir une saveur particulière pour toi ?

M.E.: Oui, clairement. Avec la Mezzalama, la Pierra Menta est la course la plus importante pour moi. D’abord parce que ce sont des courses qui conviennent mieux à mes qualités, mais aussi car ce sont 2 épreuves mythiques. C’est le Graal. Parfois, quand tu gagnes une étape de Coupe du Monde, personne ne le sait. Par contre quand tu gagnes la Pierra Menta, tout le monde est au courant. Je me fous de la popularité, je fais ça par passion, mais quand tu remportes une course aussi médiatisée, ça te fait vraiment quelque chose…

 
La deuxième partie sera en ligne le samedi 13 mai.