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Portrait (3/3) : Matteo Eydallin
16.05.2017 - Ski Alpinisme

Portrait (3/3) : Matteo Eydallin

SAINT-JEAN-DE-MOIRANS, Fr - Dernière partie de notre entretien avec Matteo Eydallin où le quadruple vainqueur de la Pierra Menta nous offre une vue panoramique et un regard bienveillant sur les valeurs et l’évolution de son sport. 

Relisez la première partie ici, et la deuxième partie ici.

TROISIÈME PARTIE : Endorphines, caniches et bien-être

Dynastar : Quelles sont pour toi les valeurs fondamentales du ski alpinisme ?

Matteo Eydallin :(Spontanément, comme si la réponse semblait réfléchie à l’avance) La liberté, le plaisir et la détermination. 

“Même ma mère promène ses chiens en ski de rando.”
D: Si tu te faisais commercial de ton sport, comment le vendrais-tu à quelqu’un qui ne s’y connait pas du tout ?

M.E.: (Un temps de réflexion) Je commencerais déjà par l’effort produit. Parfois certes tu galères, mais tu ne regrettes jamais d’y être allé, car tu sais qu’à la fin tu vas goûter aux saveurs du travail accompli. Tu sécrètes des endorphines, donc tu es juste content, satisfait. Il y a aussi cette notion de liberté, sans aucune contrainte. Si tu as un minimum de technique, la montagne devient ton terrain de jeu, tu peux aller absolument où tu veux. Enfin, il y a le côté ludique de la descente, où tu prends ta dose de sensations fortes. Pour résumer, c’est hyper complet, tu as tout ce dont tu peux rêver dans ce sport : la liberté, l’effort, le partage, l’adrénaline, les paysages… Et puis ça reste très abordable, tu n’es pas obligé de pratiquer en compétition. Ma mère par exemple, au lieu d’aller promener les chiens à pied, elle met les peaux et elle part se balader en ski de rando. 

D: En tant que référence de la discipline, quel conseil pourrais-tu donner à un novice qui se lance ?

M.E.: (De nouveau un temps de réflexion. Soit les questions deviennent plus complexes, soit notre champion se veut de plus en plus précis dans ses réponses) Ce serait surtout sur l’aspect matériel. Au sens où je conseillerais à un débutant de ne pas se focaliser uniquement sur le poids, que ce soit pour les skis ou les chaussures. Ce n’est parce que tu es plus léger que tu vas être meilleur. Au contraire. Il faut avant tout se sentir à l’aise avec son matériel, car l’objectif principal est quand même de prendre du plaisir. C’est d’ailleurs une condition indispensable pour performer et espérer des résultats. 

D: Quel regard portes-tu sur l’évolution récente de ta discipline ?

M.E.: Quand j’ai commencé, dans les années 2000, c’était un sport relativement anonyme. Tu étais simplement là pour partager un bon moment et se tirer la bourre entre passionnés de montagne. Même entre les athlètes, cela restait très amical. Après la course, on n’oubliait jamais de faire la fête (sourire malicieux). Aujourd’hui, et c’est certainement dû à une médiatisation croissante qui ramène plus d’enjeu, on est plus sérieux, plus focalisé sur la performance. 

Une autre sorte de dab.

D: Et de manière plus globale, au-delà de la professionnalisation des compétitions ?

M.E.: Sans mauvais jeu de mots, c’est un sport qui grimpe. Dans mon village par exemple, il y a beaucoup plus de pratiquants qu’il y a 10 ans. Mais c’est là où se situe la différence entre le ski alpinisme et le ski de randonnée. Quand le premier évolue vers toujours plus d’exigence, le second devient de plus en plus accessible. Il s’ouvre et se développe. Viens avec moi un jour ! Tu verras le nombre de voitures garées au départ des traces et tu comprendras. 

D: Comment expliques-tu cet engouement ?

M.E.: Ça, c’est très simple : c’est beaucoup moins cher que le ski alpin ! Alors oui, il faut s’équiper au départ, mais une fois que tu as fait cet investissement initial certes assez onéreux, c’est la liberté totale. Tu n’as plus besoin de payer de forfait ou de faire la queue pour profiter de la neige. Il y a également cette tendance sociale de recherche du « bien-être ». Tout le monde veut être en forme. Pour moi, ça s’inscrit dans la même dynamique que l’explosion de sports comme la course à pied, le vélo ou le fitness. D’ailleurs, à bien y regarder, le ski de randonnée se veut un peu le prolongement hivernal du trail. Donc tout ça fait que le phénomène grandit.

D: Quel est ton avis sur cette démocratisation du ski de randonnée ?

M.E.: Je ne suis pas un adepte du "vivons cachés pour vivre heureux." Au contraire, ça me fait plaisir de voir que mon sport attire de plus en plus d’adeptes qui partagent ma passion. Les montagnes sont bien assez grandes, il y a de la place pour tout le monde ! Mais ça me fait sourire quand j’entends des potes qui sont à fond maintenant, à comparer leurs temps sur Strava, alors que c’étaient les premiers à me dire "Eh Fada ! Tu crois que les télésièges c’est pour qui ?" (en italien dans le texte)